résidence

Carnet de résidence / Rue Garibaldi de Federico Francioni

Résidence Frontières 2018
Grec - Musée national de l'histoire de l'immigration

A travers le carnet de bord, suivez l'avancement de Rue Garibaldi, le projet de court-métrage de Federico Francioni dans le cadre de sa résidence au Musée de l'histoire de l'immigration, de janvier à juillet 2018.

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#2 - 19 février 2018

Le monde bouge dans les écrans des portables, à travers la fenêtre, au-delà des surfaces. La mer de la Tunisie, le visage d’un cousin qui est né à Mahdia, les élections en Italie ; mais à l’intérieur, entre les murs, rien ne change vraiment. Chaque jour se répète, plus ou moins égal, même si les évènements parfois contredisent cette immobilité.

Jeudi je n’étais pas là, je devais aller en Italie pour quelques jours. L’après-midi je reçois un message d’Inès : Rafik à été licencié d’un coup. Sa période d’essai est finie, et il ne sera pas confirmé. Il avait été forcé de quitter son travail comme chauffeur d’Uber en Novembre, et maintenant il travaillait la nuit dans un fast-food. Tout se passait bien jusqu’à ce moment, Rafik m’avait dit qu’il était un des meilleurs, qu’il travaillait avec passion et ses collègues lui avaient dit que tout marchait bien pour lui. Je n’arrive jamais à comprendre s’il est sincère ou s’il se représente comme quelqu’un qui n’est pas lui-même.

Quand je suis retourné chez eux, après quelques jours, j’ai eu l’impression de ne pas trouver de traces de cette vie, comme si rien n'avait changé. Je retrouve Ines et Rafik enfermés chez eux, angoissés par le loyer, et un nouveau travail à trouver. Cette maison est devenue le territoire de leur migration, leur Pays, leur espace. La frontière est entre deux chambres.

J’ai l’impression de vivre avec eux constamment sur le fil de quelque chose qui est là pour arriver, quelque chose qu’on attend. Un coup de téléphone, une nouvelle chance. 

Rafik me regarde, et il me dit, presque souriant : « Il y’a des jours ou j’ai l’impression de ne pas exister ».

 

 

#1 - 1er février 2018

Villeuneuve-Saint-Georges

 

« Je me sens dans un autre lieu, jamais ici. Chaque jour je me lève, je regarde cette chambre et je ne la reconnais pas. Ce n’est pas la mienne. » - Inès

Je suis retourné ici, à la rue Garibaldi, après un an. Beaucoup de choses ont changé. L’énergie des premiers mois et le sens de la découverte se sont transformés subtilement en angoisse. La maison est en désordre, les fragments sont partout : factures à payer, vêtements, photos, objets abandonnés. Tout est figé, en stase.

Pendant la semaine Inès et Rafik ne se croisent jamais. Il se lève à 16h, il sort pour travailler et il rentre à 5h du matin. Elle sort à 8h et rentre le soir. Ils sont comme des inconnus dans le même espace. Inès regarde le monde dehors, la rue, les autres maisons, mais il n’y a que des rideaux en face à elle. Comment raconter tout ça ? 

 

 


Rue Garibaldi, un documentaire de Federico Francioni :

En France depuis un an, Inès et Rafik, frère et sœur de 19 et 20 ans, à la fois siciliens, italiens, tunisiens, s’interrogent sur le sens de leur identité. Lui est chauffeur Uber la nuit et elle travaille à domicile le jour. Leur rapport au monde passe à travers les écrans : les appels vidéo avec leurs parents restés en Sicile et avec le reste de la famille en Tunisie, mais aussi sous forme de journal intime enregistré. Ils habitent à 30 minutes de Paris, à Villeneuve-Saint-Georges, vers Orly. Dans le ciel, les avions passent. A mon arrivée, ils me montrent fièrement le nom de leur rue, rue Garibaldi. Pour en savoir plus sur le projet